Accueil // National // Débat sur la laïcité: « Ne pas se laisser instrumentaliser »

Débat sur la laïcité: « Ne pas se laisser instrumentaliser »

Les représentants des six principales religions signent mercredi une tribune dans La Croix justifiant leur refus de participer au débat sur la laïcité organisé par l’UMP. Pour leJDD.fr, le pasteur Claude Baty, président de la Fédération protestante de France, et Carol Saba, porte-parole de l’Assemblée des évêques orthodoxes de France, tous deux signataires, s’expliquent.


En janvier 2008, Nicolas Sarkozy, au centre, recevait plusieurs représentants religieux, dont Claude Baty (2ème à droite) et le métropolite Emmanuel (3ème à droite). (Reuters)

Que reprochez-vous au débat sur la laïcité voulu par l’UMP?

Claude Baty: Il est parti sur de mauvaises bases. C’est Marine Le Pen qui a parlé de la prière dans les rues et tout de suite, certains à l’UMP ont embrayé en parlant de laïcité. Or, cette question ne touche pas à la laïcité mais à l’ordre public. On voit bien comment ces questions sont instrumentalisées par des gens qui n’ont pas les idées très claires sur le sujet. Il y a quand même dans la réactivation de ces questions des arrières pensées politiques et électoralistes. Tout d’un coup, il faut qu’on parle de la laïcité, comme si on n’y avait jamais pensé avant. C’est troublant. Il y a une volonté claire des religieux de ne pas se laisser instrumentaliser.

«Le débat sur la laïcité concerne tout le monde, y compris l’islam de France»Carol Saba: La question ne se pose pas en terme de reproche ou pas. La tribune des responsables de culte se place dans une perspective positive de réflexion et de proposition, sur la durée, au-delà de l’actualité. La responsabilité politique de tous implique de prendre en compte les perceptions et de mettre en place des dynamiques de confiance. En l’occurrence, la communauté musulmane s’est sentie un peu visée par un débat qui focalisait essentiellement sur son vécu en France. Or le débat sur la laïcité concerne tout le monde, y compris l’islam de France.

En quoi un parti politique ne serait-il pas légitime à débattre de la laïcité?

Carol Saba: Un parti comme l’UMP a toute légitimité à se pencher sur une question aussi essentielle que la laïcité. La question est davantage dans les conditions de forme et de fond, dans la manière dont ce débat a été enclenché dans un contexte très particulier, qui risque de l’exposer à des incompréhensions -ce qui n’est pas l’intention de ceux qui l’organisent- et donc aboutirait à des effets contre-productifs.
Claude Baty: Moi, je n’y vois pas d’inconvénient. Un parti politique peut effectivement en débattre. Mais dans ce cas, il y a eu au départ l’idée d’impliquer les responsables religieux. Nous débattons avec les responsables de l’Etat, mais nous n’avons pas à nous impliquer dans le débat interne d’un parti politique.

Dans votre tribune, vous évoquez « des grands rendez-vous électoraux » qui nuiraient à la sérénité des débats. Un sujet aussi important que la laïcité ne peut-il être discuté dans le cadre d’une campagne électorale?

Carol Saba: Non, nous ne voyons pas les rendez-vous électoraux comme quelque chose qui nuirait à la sérénité des débats. Au contraire, le débat et le dialogue sont essentiels. La laïcité, c’est le socle de la République et de la démocratie. C’est un bien commun. C’est un débat qui concerne toutes les forces vives en France. Mais la laïcité à la française peut être aussi un modèle pour d’autres pays qui cherchent à construire une société démocratique. Je pense à certains pays du Moyen-orient qui vivent une période transitoire.

«Il faut un travail de fond et pas un travail qui est lié aux circonstances électorales»Claude Baty: La laïcité est constitutionnelle. Les élections ne vont pas remettre en cause la Constitution. La République est laïque, c’est écrit. Par contre, ce qui est à discuter, c’est l’application des lois. Elle doit être actualisée. Il y a un groupe de travail qui a commencé à se pencher sur ce sujet. Les politiques et le gouvernement ne s’en occupaient pas et tout d’un coup, il faut parler de la laïcité. Mais on en parle depuis plusieurs années! Il faut un travail de fond et pas un travail qui est lié aux circonstances électorales.

Claude Guéant a fait polémique récemment en estimant que les usagers des services publics ne doivent pas afficher leurs préférences religieuses. Ces propositions sont-elles justifiées?

Claude Baty: A mon avis, c’est une maladresse. Parce que ça n’est pas laïque, ça. J’attends d’en parler avec lui. Je dois le rencontrer vendredi, cela fera partie des discussions.
Carol Saba: Toutes les propositions sont les bienvenues. Ce qui est le plus important, c’est comment on organise le débat afin d’aboutir à des solutions convenant au vouloir-vivre en commun et aux lois de notre République. Le ministre de l’Intérieur, qui est ministre des Cultes, est complètement légitime là-dessus. D’ailleurs, on a des relations parfaitement sereines d’échange et de coopération avec le ministère de l’Intérieur.

Tags: , , , , , , ,

Leave a Reply

Copyright © 2011 laic.info. Tous droits réservés.
Conception Laicactif.