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L’oeil de Ramallah, un collectif de journalistes qui questionne les origines

 

ODR-600Que ce soit dans les analyses d’un Ramadan, dans les constats d’Antoine Sfer, dans les développements de Michel Onfray ou les conclusions d’Alain Finkielkraut, la médiatisation du conflit israelo-arabe questionne.

Ce conflit fêtera bientôt ses tristes 65 ans d’existence.
Même si il n’occupe que la 64 ème position dans le décompte du nombre de morts des guerres du XX eme siècle, ce conflit est à l’origine d’une série de crises dont le choc pétrolier de 1973, mais pas seulement; il est aussi le catalyseur de toutes les frustrations du monde arabo-musulmans.

L’Oeil de Ramallah, un collectif de journalistes engagés dans l’étude du monde arabe a accepté de me recevoir.
Ils se présentent comme ceci:
Oeil de Ramallah – Nous sommes un collectif de journalistes et observateurs indépendants francophones et arabophones spécialisés dans l’étude de mouvements médiatiques et diplomatiques, en provenance du monde arabe vers l’auditoire européen.

Nous avons choisi le nom « Oeil de Ramallah », car la cause palestinienne est l’un des moteurs médiatiques des plus catalysant.

Parmi eux, Mustapha Shabih que j’ai interviewé pour laic.info:

Laic.info: Bonjour Mustapha Shabih, vous êtes le porte parole de l’Oeil de Ramallah, pourriez vous me présenter la ligne de votre collectif?

Mustapha Shabih: En substance, l’Oeil de Ramallah a pour vocation d’offrir à penser le proche-orient dans sa globalité en proposant des sources qui contredisent certaines évidences. Par exemple, qui est au courant de la Campagne du Caire de 1967? Très peu de monde. Pourtant le monde arabe garde dans ses archives une multitude documents et de rapports qui aident à dépassionner la question israelo-arabe.

Laic.info: Votre but est de faire baisser la tension au proche-orient? N’est ce pas audacieux?

Mustapha Shabih: Pris sous cet angle, bien évidemment.  Mais nous oeuvrons jour après jour, auprès du corpus journalistique dans l’espoir d’améliorer la couverture de ce conflit qui est bien trop souvent instrumentalisé à des fins politiques. Depuis les révolutions arabes, les peuples s’expriment et ont soif d’authenticité. La cause palestinienne émeut mais n’est pas dans les priorités des peuples arabes qui souhaitent ardemment vivre dans l’abondance et surtout la sécurité.

Laic.info: Comment avez vous accès aux sources dont vous citez plus haut?

Mustapha Shabih: Cela demande de faire la démarche, d’éplucher les journaux d’époque et de constituer des archives. En Europe, nous n’étudions le conflit qu’à la lumière de la presse européenne. On peut le voir sur Wikipédia, les sources doivent etre obligatoirement européenne. Ainsi, si pour des raisons X ou Y la France n’avait pas jugé utile de couvrir un évènement – l’info disparaissait. Il manque alors des pièces au puzzle.

Laic.info: Vous souhaitez en fait globaliser les sources ?

Mustapha Shabih: Tout à fait. Cela permet aussi de confronter les regards sur un même évènement.

Laic.info: Je vous pose alors la question qui fâche, pensez vous que le peuple palestinien soit une création?

Mustapha Shabih: Le peuple palestinien tel qu’on le connait aujourd’hui est le fruit d’une création diplomatique et médiatique. En revanche, il y avait bien une population arabe présente sur place à l’arrivée des premiers sionistes. Mais cette population ne se considérait pas elle-même comme peuple palestinien, ni en 1890, ni en 1940 et ni en 1967 mais comme peuple arabe.

Laic.info: Que s’est-il alors passé en 1967?

Mustapha Shabih: En 1967,  Kamal Abdel Nasser, alors président de l’Egypte, a impulsé le procédé que l’on peu traduire de l’arabe, « le petit dans le grand ».

Laic.info: c’est à dire?

Mustapha Shabih: (sourire) « le petit dans le grand » est le nom de la méthode employée par Nasser. Si l’on revient dans les années 60, Israël était perçu à juste titre sans doute, par les médias européens comme le « petit état contre le grand espace arabe ».
Les soviétiques ont alors conseillé leur allié, Nasser, sur la méthode idéale de communication afin d’atteindre les objectifs  fixés par la Ligue arabe: obtenir le soutien du monde occidental contre Israel.
A cette même époque, les mouvements révolutionnaires marxistes  étaient soutenus par les rédactions européennes.
Le Che Guervara et sa révolution avaient le vent en poupe. Yasser Arafat a donc été « casté » parmi les candidats égyptiens, pour devenir le leader indépendantiste du »petit dans le grand ».

La communication d’Arafat ne s’est pas faite attendre, il s’est rapidement définit comme socialo-progressiste, il a revêtu un treillis militaire, s’est coiffé d’un couvre chef issu des traditions locales. Exactement comme le Ché Guévara.

C’était la naissance du « petit peuple palestinien » contre « le grand Etat d’Israel ». Israël devint alors le puissant et le guerrier arabe, le faible, à protéger.

Laic.info: Pourquoi cette réalité historique  est si peu évoquée?

Mustapha Shabih: je pense que l’espoir de paix des années 90 a évacué du débat, la question de la légitimité ou la non-légitimité, des arabes de Palestine à obtenir un territoire en Cisjordanie. Il semble pourtant que cette question resurgit au regard des échecs du processus de paix.

 


Propos recueillis par Alexandre Vouillet pour Laic.info

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