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Rêve laïc au Liban : Laique Pride 3

Au Pays du Cèdre et des milices religieuses, la laïcité est inscrite dans la constitution. Début avril, un colloque international, tenu à Beyrouth, l’a opportunément rappelé.

 

Secoué et tremblant des contre coups venus du chaos syrien, au-delà de la frontière, le Liban continue d’attendre des lendemains meilleurs. Ce Liban qui connait l’érection d’un besoin d’une laïcité stricte, plus qu’attendue comme l’espace du vivre ensemble, dans un pays ou la guerre civile n’a épargné aucune famille libanaise. Le 7 mai 2012, 2000 personnes défilent à Aïn el-Mreissé.

L’initiative du mouvement trouve son inspiration dans les révolutions arabes. Le 8 Mars 2011 une partie de la jeunesse libanaise rêvait d’un autre monde sous la bannière du « Laique Pride II ».
Un véritable contre pied si l’on observe le phénomène un an plus tard, au regard des résultats des élections dans les pays ayant vécu la vague islamique.

L’utopie laique a du mal à s’installer dans les esprits, quand on sait que le Liban est occupé par le Hezbollah dans son sud. Le Hezbollah a étendu son emprise du peuple de la rue au parlement libanais. Il occupe aujourd’hui des places fortes au sein du gouvernement. Le Hezbollah tient une grande partie des médias, dont le contenu n’a pour quasi unique objectif que de renforcer le sentiment d’insécurité vis à vis de leur voisin israélien.  Ainsi l’islam politique berce des générations de foyers à la glorification du martyr et à la « beauté » du jihad.  Des manifestations à l’appel d’un désarmement du Hezbollah restés lettres mortes. Le 28 Mars 2011 la jeunesse défile à Jbeil, certains manifestants se font agresser par des membres du Parti Communiste, lequel est lié au Hezbollah via le Courant patriotique libre (CPL). Ainsi, afin de ne pas affronter les ennemis intérieurs, les libanais laics préfèrent miser timidement sur la thèse de   »lutte des classes ». Une posture de façade qui permet d’éviter de froisser les miliciens de tout poil.

 

«On croit mourir pour Dieu, on meurt pour les industriels»

Début avril quelques uns de ces originaux ont débarqué à Beyrouth pour y débattre d’un monde où la religion ne serait pas installée aux commandes. Ce colloque blasphématoire était intitulé de façon discrète et ennuyeuse : « Religion, laïcité et état de droit ». Voyez, pour éviter de se faire trop remarquer, la langue de bois utilisée par des hommes, dont quelques Francs plutôt maçons, qui venaient tout simplement se dresser au milieu des factions pour crier en parodiant Anatole France «On croit mourir pour Dieu, on meurt pour les industriels »… Bizarrement, et premier succès, aucun fou de dieu n’est venu plastiquer la salle des débats.

Participants à la Laique Pride III

pour un Liban laic

Bénis soient ceux qui doutent

« Missionnaires armés », voilà un attelage entre le sabre et le goupillon bien connu au Liban, et qui a même failli en mourir d’over dose. Citant aussi Amin Maalouf, qui lui ne porte l’épée qu’à l’Académie, Eyschen enfonce son clou pas christique mais laïc : « Lorsque la foi devient haineuse, bénis soient ceux qui doutent ! ».  Pendant deux jours, des mal pensants venus de tous les continents ont donc tranquillement pu débattre avec des Libanais de ce que pourrait être leur pays « multiconfessionnel » si on assigne Mahomet et le Christ  à la fumée des encens. Ce colloque d’avril, qui ne découvrait donc pas le fil à couper le religieux, valait plus par la force de symbole que par les propos échangés. Mais il a permis à des intellectuels du pays du cèdre d’indiquer à leurs concitoyens la route de la paix.

Ces énergumènes qui refusent de porter le maillot des équipes divines sont de plus en plus nombreux à Beyrouth. Farid Chehab passe par la nécessité de mettre son chapelet dans sa poche et non plus autour du front. Dans son livre Pari pour une conscience Nationale (1), le publicitaire Chehab a l’intelligence d’observer et de dire que, derrière l’engagement sous le drapeau de la religion, on trouve surtout un déclassé, un battu, un amoché de la vie ordinaire.

Ces militants de la propagation d’un monde où la foi ne serait que d’usage privé on quand même quelques soucis à se faire.

 

(1) Éditions de la Revue Phénicienne.

 

(2) Voir R. Labévière dans Afrique Asie de Mai 2012.

 

 

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