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Le pouvoir chinois se méfie des musulmans

Statue de Mao

Sous couvert de laïcité et d’antiterrorisme, Pékin entretient une forte suspicion vis-à-vis de l’islam modéré du Xinjiang. Dans cette province de l’Ouest, la liberté religieuse reste très théorique.

Kachgar. CorrespondanceCe vendredi-là, des petits Ouïghours – principale ethnie musulmane – vendent des tapis de prière pour 1 €. Nous sommes à Kachgar, devant la mosquée d’Id Kah, la plus grande du pays. Presque 15 h, l’heure de la prière. À l’extérieur de la mosquée, pleine à craquer, les retardataires se pressent.

Les Ouïghours, encore majoritaires à Kachgar, semblent jouir d’une grande liberté religieuse. Contrairement aux Han – l’ethnie principale – n’ont-ils pas la « chance » de pouvoir avoir deux enfants ? Les élèves ne bénéficient-ils pas d’un bonus au bac ? Mais c’est faire fi de ce pacte faustien : l’ascension sociale est permise, à condition d’abandonner sa propre culture, notamment religieuse. Depuis 2005, fonctionnaires, médecins, étudiants sont interdits de mosquée, sous peine de perdre leur position.

« La liberté de croyance n’est qu’apparente, confie, sous le nom d’Angel, une jeune diplômée ouïghoure, non voilée. Une de mes amies de l’université de Kachgar, accusée de jeûner lors du dernier ramadan, a dû rédiger son autocritique. Quelqu’un avait cru qu’elle mangeait avant le lever du soleil, à cause du bruit dans sa chambre. Mais elle était allée aux toilettes ! »

Le motif invoqué pour ces sanctions ? La laïcité. « Mais celui qui se rend dans un temple bouddhiste ne sera jamais inquiété, soupire un imam local qui préfère garder l’anonymat. Et puis, à Pékin, les musulmans vont, eux, librement dans les mosquées. Pourquoi le gouvernement agit-il ici différemment ? » De même, le week-end dernier, de violents affrontements ont eu lieu dans la région du Ningxia (nord-ouest), entre des centaines de musulmans et les forces de l’ordre qui détruisaient une mosquée.

L’autre prétexte mis en avant est la menace terroriste. Quand des violences interethniques éclatent en 2009 et l’été dernier, Pékin les qualifie immédiatement de « terroristes ». Quitte à nier le malaise social dont ces révoltes sont le symptôme.

« Le chiffon rouge du terrorisme »

« C’est un chiffon rouge que Pékin brandit depuis les années 1990, et, avec un soupçon d’opportunisme, depuis le 11 septembre, analyse Thierry Kellner, auteur du Xinjiang, l’Occident de la Chine. Mais on n’a pas relevé d’organisations terroristes. Le vrai problème pour Pékin, c’est que cette province reste peu sinisée. C’est la pointe de la culture turco-iranienne. »

Le Xinjiang, qui en chinois signifie « nouvelles frontières », n’a définitivement intégré l’empire du Milieu qu’en 1950. Depuis, la sinisation de cette province, qui n’a d’autonome que le nom, se poursuit avec une abnégation frisant le ridicule. Bien que séparées par 3 500 kilomètres, Kachgar et Pékin sont à la même heure ! « Comme si céder sur le fuseau horaire menait au séparatisme », raille l’étudiante Angel.

Alors, face à tant de scepticisme, les Ouïghours oscillent entre rejet et indifférence. La place du Peuple, construite à la « Libération », est d’ailleurs aussi déserte que celle d’Id Kah est grouillante. Une immense statue de Mao semble haranguer une foule… fantasmée : le Grand Timonier salue dans un dédain quasi-général.

Edgar DASOR.

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1 Reponse to " Le pouvoir chinois se méfie des musulmans "

  1. apostat kabyle dit :

    Comme je les comprend! La lucidité des Chinois, voila ce qui manque aux dirigeants européens et voila pourquoi les sociétés occidentales se laissent gangréner sans réagir.

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